____C'est totalement stupide. Je suis là, comme une idiote, devant
la page blanche de Word, à regarder le curseur clignoter vainement dans l'expectative de mots qui ne viennent pas.
J'ai du Calogero dans les oreilles, un de ses premiers albums. Le meilleur de tous encore aujourd'hui, pour moi. Celui de Tien An Men.
Je n'arrive pas à croire que je me retrouve projetée 4 ans dans le passé.
Si tu n'étais pas revenu, l'avenir aurait continué à se profiler devant moi. C'est dur tu sais. Se remémorer ces années fait mal. Les années collège et lycée, celles qui restent un bon souvenir, et qui deviennent une nostalgie pour ceux bien installés dans la vie active, pour moi ne sont bonnes qu'à être déchirées. Les années où tout est premier. Ma première jalousie, mon premier crush certainement, mes premières déceptions en tant qu'être à part entière, mes premières relations hors famille. Ma première prise de conscience de ce que tu étais vraiment. Et maintenant, à 19 ans, à regarder ainsi en arrière, je viens à douter de l'honnêteté de ta présence à mes côtés, du franc de tes sourires parce que j'étais là au bout de la rue et qu'on allait faire les derniers 200m qui nous séparaient du collège. Je t'ai connu dans tes années peu glorieuses. Je te voyais dériver et finir par te perdre de vue.
Je n'arrivais plus à voir en toi un avenir que j'aurais pu partager. C'est pour ça que jamais je n'ai voulu sortir avec toi. Tu m'aurais détruit. Tu étais déjà trop rentré en moi, sans même que tu ne le saches. Si je te l'avais montré, j'aurais certainement cédé à ton envie d'être avec moi plus souvent. Mais je savais ce qui m'attendais. J'aurais suivis le même chemin que toutes ces autres qui l'avaient emprunté avant moi. Le parcours était court, et m'aurait déchiré le c½ur. Je ne voyais que mon c½ur saigné à blanc au bout du chemin. Je t'ai refusé. J'ai refusé ce sacrifice. Je voulais vivre cette expérience, mais pas comme ça. Pas en sachant ce qu'il adviendrait de moi. Pas en 15 jours et pas pour...une indifférence en retour.
Je voulais être quelqu'un pour toi. Quelqu'un de différent.
Exister devant tes yeux. Pas être le prolongement d'une suite logique de relations qui se ressemblent toutes parce que tu n'y cherchais rien.
____Je n'ai plus que des chaînes à donner. Des entraves que les souvenirs m'ont fixé. J'ai finalement souffert de n'avoir pas su parfois avancer et saisir une occasion qui aurait pu être belle à vivre. De ces années, tu m'as laissé de la peur. Une peur d'aller vers les hommes, parce qu'ils avaient tous tellement de toi en eux. Je suis effrayée à l'idée d'avoir mal encore, au coeur. Tu m'as fait entrevoir le pire des avenirs pour lui , vers lequel je n'ai pas voulu le laisser s'engager.
____Je ne peux pas m'empêcher de repasser en boucle le fil de ces deux ans de collège passés avec toi. Ce que j'ai pu faire...je me borne à les classer dans le fichier « erreurs à effacer » de ma vie. J'ai eu tellement d'attentes...détruites. Avec le temps, ces frustrations d'un temps perdu à jamais n'ont cessé de se graver un peu plus en moi. J'en ai mal, rien qu'à regarder en arrière. Comme rouvrir la boîte de Pandore. Tant que tu maintiens le fil d'une relation de mots, je n'ai d'autre choix que de la maintenir ouverte. Plus vite je saurais ce que tu veux vraiment, plus vite je pourrais la refermer.
Je ne pourrais pas résister longtemps encore au poids des souvenirs qui déferlent. Pas en ce moment. L'année dernière fut effrayante , je suis descendue au plus bas. Et cette année, j'ai encore si peur. Ne me fait pas ça. Aujourd'hui, j'ai pris l'initiative pour la dernière fois dans notre correspondance. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas ce que tu veux. Tu veux qu'on se voit, mais il y a toujours quelque chose pour reporter encore un peu. Tu finis par ne même plus l'aborder, à ignorer les allusions que j'y fais. Je préfère refermer ce chapitre et continuer celui que je vis sereinement, plutôt que de le réécrire comme il aurait pu l'être il y a 4 ans de cela. Cette fois ci il faudra me dire que c'est moi que tu veux, et vraiment. Et si tu ne le fais pas, tant pis.
Cette lettre évidemment, tu ne la liras jamais. Parce qu'elle t'éloignerait à jamais de moi. Au fond...je n'ai jamais pu te laisser partir. Je t'ai tu, simplement étouffé dans des souvenirs bons à être jetés pour que cela me soit plus facile à vivre. Mais jamais tu n'as quitté mon c½ur. Tu étais mon premier amour déçu. Et tu le resteras à jamais.