____Quand quelque chose se casse, on dit qu'il y a toujours un moyen de réparer. C'est vrai. Si c'est un objet, recolle le ; un bras, une jambe, plâtre le ;à un c½ur brisé,on lui dit : « remets toi en ». Ca passe. Tout passe il paraît. « Laisse le temps faire son ½uvre », « le temps guérit de tout ». Des banalités, des lieux communs on pourrait dire. On ne peut affirmer que c'est faux. Que le temps fait tout passer. Qu'on oublie. Simplement parfois, on ne vit pas assez longtemps pour voir la douleur s'atténuer jusqu'à disparaître. Il y a des chagrins qui se sèchent dans un mouchoir et s'y oublient une fois celui-ci à la poubelle. D'autres mettent plus que des boîtes de tissus à s'en remettre. Il leur faut arracher les souvenirs, se blinder contre ce sentiment d'anéantissement et de vide qui surgit sous nos pieds. Certains n'arrivent plus à construire aussi bien qu'avant. Il y a des ratés, des erreurs de transcription de soi qui surviennent. On ne comprends plus le monde aussi bien et aussi facilement qu'avant. Parfois c'est une vision meilleure qui nous est donnée. Pour d'autres, le monde s'est soudainement recouvert d'un voile noir, difficile à déchirer. Plus que tout, il y a une peur. Encore inconnue jusqu'à maintenant, on ne faisait qu'en entendre parler. Encore quelque chose de stupide on se disait alors. Avoir peur de retomber. D'avoir mal aussi fort encore. D'envisager qu'on s'en sortira peut être pas cette fois, que la première fois c'était un coup de chance. Celle du débutant.
____On apprend de nos erreurs. C'est horrible de se planter en amour. L'autre nous déçoit. Nous quitte. Nous frappe. Nous fait pleurer. Nous plante une lame là où ça fait mal. Il nous trahit. Puis c'est fini.
L'Amour nous a ouvert la poitrine et mis à découvert notre c½ur. Quelqu'un a pu alors entrer et tout saccager. On construit toutes ces défenses, on érige toute cette série d'armures toutes plus improbables les unes que les autres, pour que rien ne nous fasse mal ici bas. Et un jour, une personne, pas si différente des autres finalement, arrive dans notre vie. Malgré soi et malgré elle, on lui donne une part de soi. Sauf qu'un jour, elle a fait quelque chose de vraiment stupide avec, comme t'embrasser, ou juste te sourire. Et ta vie n'est plus tienne alors. Elle devient sienne.
____L'Amour prend en otage. Rentre en toi. Te dévore et te laisse, seul à pleurer dans le noir aussi simplement qu' une phrase comme « il vaudrait mieux qu'on reste ami » se transforme en un éclat de verre qui tranche la chair, creuse son chemin jusqu'à ton c½ur. Et ça fait mal. Pas que dans l'imaginaire. Pas que « dans ta tête ». non, c'est une vraie douleur, une de celle que tu sens te mettre en morceau et te les disperse de façon à ce que tu ne les distingues même plus sous tes larmes.
Un morceau de nous nous est arraché et balancé au loin comme un vulgaire caillou qu'on jette « comme ça ».
____Après tout ce que j'ai pu entendre, j'aurais cru qu'un déception amoureuse d'un premier émoi ne s'oubliait pas. Que c'était impossible de la détacher de soi. Les souvenirs, les odeurs, le désir qu'on avait alors pour l'autre nous restait tatoué sous la peau jusqu'à la fin. Lorsque j'ai revu H. , premier violent émoi de mes 13 ans, il n'y avait rien. Le c½ur refusait de redémarrer comme avant. Les pensées demeuraient claires et les souvenirs, bien que présents, ne me pinçaient même plus en regret. Que s'est il passé ? Je n'ai pas oublié. Je n'ai pas oublié ton visage, ta voix, tes yeux, tes mimiques. Non, tout est bien là. Je t'ai juste effacé de mon c½ur. Tu n'avais plus rien à y faire, je ne voulais plus de toi en moi. Tu étais une erreur. Tu demeures une erreur que je ne veux pas faire. La donne a changé certes. Ce que je ne voulais pas en toi, n'est plus là. Autre chose l'a remplacé. De bien pire. Promesse d'un échec certain et d'un bout de chemin, enchaînée à te plaire. Il n'y aurait plus eu de moi, mais celle que tu voudrais que je sois. Une femme parfaite à tes critères. Pas les miens. Comment peux tu m'imposer ça ? Il faut être deux à s'adapter chacun. Pas seul à se sacrifier.
____Alors tant pis, je demeure seule, comme je le suis depuis bien longtemps. Je prends ce qu'on me donne. Je souris à celui qui me fait tant de bien, je respecte la place qu'il m'attribue. Son c½ur appartient déjà à quelqu'un. Hors de question que je tente un braquage en lui, en lui arrachant de force un amour précieux qu'il porte en lui. Même si je sais que je pourrais. Même si, arrivée un peu plus tôt, ça aurait été moi en lui. Je suis alors les limites qu'il instaure au fur et à mesure. Parfois quelques pas de plus en avant, à d'autre temps en arrière. J'avance avec lui, de l'autre côté de la ligne, prête à traverser. A lui de m'inviter à la franchir.